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Handic' & chill #5

Malick Reinhard a continué de débusquer les séries et courts métrages où des actrices et des acteurs directement concernés incarnent des personnages handicapés, sans que le handicap occupe toujours le centre de l’intrigue. Sélection de cinq nouvelles œuvres.

Handic' & chill #5
© Mondame Productions

Sur la page, cinq lecteurs vidéo attendent le clic. La soirée part dans tous les sens : un lycée de Córdoba, le quotidien d’un enfant doté de superpouvoirs, une famille gitane bousculée par le désir d’un fils, un ranch du Colorado et l’appartement d’un homme dont l’aide à domicile tue en série. Au casting, même décision : chaque fiction confie au moins un personnage handicapé à une personne directement concernée. Le choix reste assez rare pour qu’on lui consacre une nouvelle sélection. Le handicap ne choisit pas le genre du récit ; il déplace la caméra.

« Handic’ & chill » n’a jamais pris son casting pour un certificat de bonne conduite. Même chez Dion (Comment élever un super-héros), celui-ci ne possède aucun superpouvoir : un scénario mal fichu reste un scénario mal fichu. Il ramène pourtant l’œil vers ce qui se joue dans les détails : un geste, un temps d’arrêt, une consigne de communication, la manière de régler une scène d’intimité. D’une fiction à l’autre, le handicap lance l’intrigue, reste un détail biographique, provoque un gag ou arme le suspense. Les personnages ont mieux à faire que de tenir dans une case.

Un homme en costume se penche pour chuchoter à l'oreille d'un homme aux cheveux gris plaqués en arrière, dans une reconstitution de la scène du bureau du film « Le Parrain ». Vêtu d'un smoking noir avec une rose rouge à la boutonnière, ce dernier porte un masque de ventilation relié à un tube annelé et se tient dans un fauteuil roulant électrique ; un moniteur médical placé près de lui affiche un tracé cardiaque.
ChatGPT : "Godfather-style dim study, sepia chiaroscuro, a man in a suit whispers into the ear of a don in a tuxedo with a red rose in his lapel, a ventilation mask over his face and a power wheelchair beneath him, a cardiac monitor beside him, cinematic 85mm photo."

💙 Un mètre vingt (2020)

Réal. : María Belén Poncio et Rosario Perazolo Masjoan

À 17 ans, Juana entre dans un lycée de Córdoba avec des cheveux bleus, un fauteuil roulant et un objectif de rentrée absent du règlement intérieur : vivre sa première fois. La mini-série franco-argentine lui accorde six courts épisodes pour faire ses classes : applis de rencontres et nouvelle bande d’amis, travaux pratiques inclus. Le proviseur, lui, refuse d’organiser les cours d’éducation sexuelle pourtant imposés par la loi. Juana affronte les marches et le regard des autres sans que son désir finisse au rayon des curiosités cliniques. Marisol Agostina Irigoyen y tient son premier rôle ; elle utilise un fauteuil, tout comme la coscénariste et coréalisatrice Rosario Perazolo Masjoan, qui nourrit le récit de son propre vécu. Le titre donne la consigne de mise en scène : la caméra se place à hauteur de Juana.

Où la voir ? Disponible gratuitement sur Arte en Suisse, en Belgique et en France, jusqu’au 30 juin 2027.


🦸 Comment élever un super-héros (de 2019 à 2022)

Réal. : Seith Mann

Les superpouvoirs arrivent sans notice et avec une fâcheuse tendance à se prendre pour une permission. Dans Comment élever un super-héros, Nicole Warren improvise : elle doit comprendre les dons de son fils Dion avant que des adultes moins bien intentionnés n’en trouvent le mode d’emploi. À l’école, le jeune prodige se lie à Esperanza Jimenez, une camarade en fauteuil dont le sens de l’observation se révèle parfois plus utile que les pouvoirs de son nouvel ami. Quand Dion la soulève hors de son fauteuil avec ses pouvoirs, sans lui demander son avis, la scène tourne court : Esperanza entre dans une colère parfaitement terrestre. Le garçon a franchi les limites d’Esperanza ; leur amitié devra digérer l’impair. Sammi Haney, qui utilise elle-même un fauteuil, joue Esperanza ; au milieu des origines secrètes et des monstres électriques, la série lui épargne le superpouvoir le plus paresseux du genre : la guérison finale.

Où la voir ? Deux saisons sont à retrouver sur Netflix en Suisse, en Belgique et en France.


🏍️ Diego (2025)

Réal. : Melissa Silveira

Dans Diego, le jeune homme a 20 ans, mais son père a déjà écrit la suite. Il vit avec sa sœur Vanessa et leur père Antonio, dans une famille gitane dont la routine se dérègle lorsqu’il découvre qu’il aime les garçons. Vanessa se range à ses côtés ; Antonio, attaché à la virilité qu’il comptait transmettre comme un héritage sans droit d’inventaire, encaisse beaucoup moins bien la nouvelle. Pendant 24 minutes, Melissa Silveira, inspirée par son propre frère, filme une famille occupée à écrire la vie de Diego à sa place. Sofian Ribes, qui tient le rôle-titre et se déplace habituellement en fauteuil roulant, semble avoir négocié, après Un p’tit truc en plus, un p’tit cliché en moins : Diego existe d’abord par ce qu’il désire et par ce que sa famille redoute. Pour les scènes de marche et de moto, l’équipe a réglé les gestes et le calendrier sur les forces de l’acteur.

Où le voir ? Disponible gratuitement sur Arte en Suisse, en Belgique et en France, jusqu’au 31 mai 2027.


Pourquoi le succès d’« Un p’tit truc en plus » cache un profond malaise
Télé, cinéma, réseaux sociaux : pourquoi les médias ne montrent-ils qu’un seul visage du handicap — joyeux, avec une déficience intellectuelle sympathique et une trisomie 21 ? Face à cette représentation, qu’il juge « contre-productive », le journaliste Malick Reinhard s’interroge.

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🏡 Ma vie avec les Walter Boys (depuis 2023)

Réal. : Jerry Ciccoritti

Dans Ma vie avec les Walter Boys, Jackie, devenue orpheline, quitte Manhattan pour le ranch du Colorado où vit la très nombreuse famille de sa tutrice. Dans cette maison, le calme n’a manifestement pas passé le casting. Will, l’aîné, prend tout de même le temps d’expliquer à Jackie comment lui parler : s’il ne la regarde pas ou si le bruit monte, il risque de ne pas la comprendre. Johnny Link, son interprète, est lui aussi malentendant et porte des appareils auditifs. Après cette consigne, la vie de Will reprend : mariage, projets professionnels, difficultés financières du ranch et cohue familiale. Ses appareils restent visibles, à leur juste volume, avant que tout le monde recommence à s’interrompre.

Où la voir ? Trois saisons sont à retrouver sur Netflix en Suisse, en Belgique et en France.


🩸 Furious (depuis 2026)

Réal. : Brian Kirk

Dans Furious, Alice Black, agente du FBI, traque Catherine, une tueuse en série qui change d’identité avec méthode. Sous le nom de Vanessa, Catherine se fait engager comme aide à domicile auprès d’Alden Drummings ; les gestes du quotidien entrent alors dans l’arsenal du suspense. Alden a le visage de Steve Way, humoriste et comédien qui utilise lui aussi un fauteuil, déjà aperçu dans Ramy. Way joue un homme craintif, cloîtré entre quatre murs rassurants, qui cherche surtout une présence décidée à rester. Pour les scènes de toilette, de transfert et de repas, il a montré à Lola Petticrew les gestes qu’il utilise chaque jour : la mécanique du soin devient matière de jeu, puis de désir. Le fauteuil ne blanchit personne.

Où la voir ? La première saison est disponible sur Disney+, en Suisse, en Belgique et en France. Une deuxième saison est déjà commandée.


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« Handic’ & chill », c’est une sélection de séries, de films et de documentaires qui donnent les premiers rôles à des personnes réellement handicapées pour incarner des personnages handicapés. Et ça, c’est suffisamment rare pour en faire… une série.

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Cinq clics plus tard, le fauteuil n’a toujours pas choisi son genre. Tant mieux. Un mètre vingt donne la priorité au désir ; dans Comment élever un super-héros, la guérison spectaculaire perd la partie face à la colère d’Esperanza. Avec Diego, un père perd le fil du scénario viril qu’il avait écrit ; chez les Walter, les appareils auditifs restent à leur juste volume. Furious pousse enfin les gestes du soin vers l’intimité, puis vers le soupçon.

Les genres gardent leurs petites manies : les adolescents compliquent leurs amours, le polar soupçonne tout le monde. Les interprètes concernés en changent le tempo. Parfois, l’équipe attend et laisse à une phrase le temps dont elle a besoin. Une seconde de silence ou un transfert bien réglé changent ce qu’on regarde, sans réclamer de commentaire. Le bouton « lecture » est toujours là ; l’histoire décidera de l’heure du coucher.


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Journaliste, Malick Reinhard vit avec une maladie qui limite considérablement ses mouvements. Dans Couper l’herbe sous les roues, le Suisse propose chaque semaine analyses, témoignages et enquêtes sur le handicap, une réalité qui concerne une personne sur deux au cours de sa vie.


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